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Du jeu pour me construire et tromper mon ennui

Publié le par Jean Louis S.




Pieter Brugel "Les jeux d'enfants" - Huile sur bois de chêne 1560


De nos amis les penseurs, essayistes philosophes sociocutanés, certains se sont « amusés » à définir le jeu en observant sa place et son rôle dans les différentes sociétés. Ils en ont tiré des composantes globales tendant à s’attacher à l’espèce plutôt qu’à son milieu.

L’influence de l’environnement se traduit dans la forme que le jeu emprunte. Elle est déterminante des procédures et du matériel que l’on met en place. Mais le jouer, le principe même de détacher un segment de la réalité et de le transposer dans cette réalité décalée du jeu, ce qui à la vérité définit le jeu et l’être jouant, tient à l’existence même de l’espèce humaine et à son organisation en sociétés. L’homme joue avec les objets que sa culture l’a conduit à construire. Mais il joue, en tout lieu, à toute époque, et par tous les temps.

Il joue pour symboliser sa pensée (s’entraîner à comprendre) ou organiser sa survie (s’entraîner à vivre). De l’un à l’autre et souvent les deux.



L’ensemble de nos agissements individuels et collectifs ne tend qu’à installer les bases de notre survie. Construire un équilibre est la première urgence. Nous mobilisons pour cela tous les outils qui nous composent, et appréhendons comme il nous est possible les éléments qui nous entourent. Ensuite, dès qu’une mécanique est installée où nous trouvons un équilibre, comme il en est possible et de façon totalement inégale, alors seulement, il s’en est à agir de tromper son ennui.


Parce que l’équilibre est ennuyeux. Il ne nous remplit pas. Tous juste nous permet-il de saisir les éléments de notre insatisfaction. De leur donner des noms. Cet équilibre que nous poursuivons de nos vœux conscients et inconscients qui peut s’apparenter à de la sagesse. Quel est-il, quelle est sa nature ? Une sorte de milieu juste, d’alternation régulière entre l’angoisse mais pas trop, et l’euphorie ce qu’il faut. L’équilibre est dans le poids mis en jeu pour contrebalancer au bon moment l’angoisse et l’euphorie, la folie et la raison, la vie et la petite mort, que ces phases se succèdent sans que l’une ne prenne le pas sur l’autre. Juste l’emboîte, et modère les excès de sa sœur ennemie, chacune à son tour et sans jamais aller trop loin. Le jeu se situe dans ce contrepoids, qui permet à la balance de fonctionner avec aisance. Comme un lubrifiant nécessaire au confort mécanique de l’oeuvre. C’est un jeu de l’existence.

Dans l’état qu’il procure, le jeu est chargé de nos espoirs et de nos angoisses. C’est pourquoi dans le jeu nous nous livrons totalement, plus ouvertement que dans la vie réelle où nous nous protégeons derrière le bouclier de nos faire-semblant. Les règles sont claires, immuables, et surtout elles nous sont extérieures. Nous n’avons donc aucun enjeu à les remettre en question. Nous pouvons évoluer sans contraintes dans ce monde totalement clos et incroyablement ouvert ! Colas Duflo définit finement le jeu comme « l’invention d’une liberté dans et par une légalité ». C’est la règle du jeu qui crée la liberté du joueur. Elle le libère de ses contingences, elle lève ses barrières, elle permet aux protagonistes d’échanger sur un terrain commun et au mieux totalement détaché de la réalité, ou disons suffisamment décalé pour lui permettre de donner corps à une part de son imaginaire.


Car en premier lieu, le jeu nous fait rêver.


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Ludo 10/06/2008 10:32

Quel plaisir de lire ces lignes.
Le jeu nous fait rêver,
Les rêves nous font vivre,
Je vis, donc je joue!
Tout est lié finalement...