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La théorie des jeux

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La « théorie des jeux » fut présentée en 1944 par un économiste, Oskar Morgenstern, et  un mathématicien de génie, John Von Neumann, dans un désormais classique et impressionnant traité d’étude mathématisée du comportement stratégique : « the theory of games and economic behaviour ».
En fait de théorie, il s’agit d’une méthode de prise de décision par l’analyse des interactions rationnelles entre des groupes de personnes ; un guide stratégique à destination des individus pensants désireux d’optimiser les affaires qu’ils entretiennent avec d’autres individus pensants.

Cela s’applique à l’ensemble des rapports humains, dès lors que les individus ont quelque décision à prendre, non pas une décision mais la bonne décision au regard des perspectives envisagées.

O. Morgenstern
morgenstern-copie-1.gif C’est en quelque sorte une théorie de l’efficacité maximum. Il n’est donc pas si étonnant qu’elle ait émergé du champ de l’investigation économique, tant cet aspect est devenu le moteur essentiel de société depuis la révolution industrielle du 19ème siècle.

La théorie des jeux définit le jeu comme une constante des relations humaines. Il y a jeu dès que des personnes interagissent.
Ainsi considérée, l’idée de jeu se rapproche (étrangement ?) d’une vision toute sartrienne du mouvement existentialiste pour qui tout est jeu et le jeu est en tout : le jeu de l’être (et du néant !) jouant à paraître en permanence, jouant à la construction de sa vie de société, jouant à ressembler à ce qu’il désire être. (1) (2)

Mais à la base s’arrête la similitude (on y reviendra) car les deux développements proposés n’ont plus rien de commun. Là où les philosophes envisagent l’âme humaine sous un angle quasiment mystique, les économistes et mathématiciens introduisent un élément déterminant : la rationalité. Ainsi la théorie des jeux telle que décrite est « la description de ce qui se passe lorsque des personnes interagissent rationnellement ». (3)

Cette hypothèse de l’altérité rationnelle, en évacuant le facteur humain « incompétent », permet des réflexions stratégiques très intéressantes : analyse de situation, décryptages des enjeux et des préférences des autres « joueurs », élaboration d’une stratégie gagnante pour atteindre un résultat optimal, rationnellement optimal.

La théorie des jeux est donc un outil pratique, permettant de se forger une « intuition stratégique » pour faire face aux situations où l’intuition seule ne suffit pas.

Bien sûr j’emprunte des raccourcis éhontés, la nature des concepts décrits par ces théoriciens est beaucoup plus complexe. Mais ce « bout d’essentiel » est intéressant pour les passionnés de jeux de société que nous puissions être. La construction stratégique est décryptée, analysée, commentée, argumentée, la démonstration relève d’une méthode scientifique et pousse à son extrême limite ce type de réflexions que nous menons autour d’un plateau de jeu pour élaborer les stratégies qui vont nous permettre de tirer un bénéfice optimal d’une situation donnée, le fut-elle avec des cubes en bois ou des cartes en main.

J. Von Neumann et sa dernière invention : l'ordinateur !

von-neuman-avec-son-ordinateur-copie-2.jpgLe jeu sous-tendu, entendu sous cet éclatant propos, est un jeu « strictement compétitif et à information complète ». La rationalité s’émancipe du hasard. Cette donnée est fixée en préambule, et sur elle s’appuie tout le raisonnement. Le principe est que chaque « joueur » agisse toujours au mieux de ses intérêts (et non de façon irrationnelle !). Ainsi la théorie fait sens puisque l’on est alors en capacité de s’appuyer sur des données objectives pour anticiper ce que chacun va peut-être faire dans le futur pour décider stratégiquement de son action présente. Ce processus s’appelle « l’induction rétrospective » et nous l’appliquons dès que nous pratiquons un jeu de stratégie avec interactions. Mais attention : interactions rationnelles ! Avec des individus suffisamment intelligents pour se porter volontairement et en permanence là où seront leurs plus grands avantages stratégiques.


Si l’on revient maintenant sur cette notion de rationalité acquise, si l’on considère la faillibilité, la subjectivité, la réelle irrationalité de l’être humain, si l’on prend comme facteur permanent l’inconstance de l’homme, alors la théorie des jeux se vide de toute moelle sociale tout en présentant un superbe système de représentations logiques, qui en toute objectivité, se passe fort bien de présence humaine.

Cette présence humaine qui, de toute façon, n’était déjà qu’un prétexte puisque par la grâce de la rationalité, l’homme est ici uniquement défini par le profit qu’il va engendrer.

Eh oui, déjà en 1944 !

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(1)   Jean-Paul Sartre « l’être et le néant »

(2)   Jacques Henriot « le jeu »

(3)   Ken Binmore « Jeux et théorie des Jeux » De Boeck Université

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clovis simard 02/04/2012 12:57

Voir mon blog(fermaton.over-blog.com),No-29. - THÉORÈME GOTIT. - ÉNIGMES JEUX HASARD.

clovis simard 17/03/2012 12:52

Voir mon blog(fermaton.over-blog.com),No-29. - THÉORÈME GOTIT. - 6 ÉNIGMES JEUX HASARD.