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L'évaluation des jeux de société

Publié le par Jean Louis



Réflexions sur l’évaluation des jeux de société et le fondement scientifique des quelques outils utilisés ça et là par des magistrats aventureux.


Il est à certains tentant de noter un jeu après une partie. Non pas pour y coller le jugement de dieu –tout le monde n’a pas l’essence divine- mais une note c’est un système d’évaluation qui va nous permettre de nous souvenir de l’impression laissée par le jeu, et c’est un outil commun permettant la comparaison. C’est pourquoi elle doit résulter d’une procédure égale et significative.
Mais l’exercice est difficile ! Une note n’a de valeur que pour celui qui la donne, et pour celui qui la reçoit s’il la prend dans la gueule.

A l’instar du pavé lancé dans l’amarre, une note que l’on pose et c’est le ludus populi qui juge le jugement à la lueur de ses propres expériences. C’est légitime et culturel. Tout comme cette idée d’évaluer, de juger avec le moins intéressant des procédés : la note. Sur 20 qui plus est, format éducation nationale, pour se souvenir d’où l’on vient et comment on y retourne.

A vrai dire je fus longtemps sceptique à l’idée de poser une note sur un jeu. Inutile, et surtout ça ne veut rien dire ! Mais nous y avons versé, entraîné par le groupe, s’amusant à se demander tel un Jacques Martin dominical : « Allez, on met une note ! » à la fin de chaque partie. Et puis on y a pris goût, parce qu’en fait, et malgré mes liminaires appréhensions, cette note lorsqu’elle tombe est le reflet d’une résonance que le jeu provoqua en moi. Elle a donc véritablement un bon sens : le mien.

Alors s’il faut y aller, il semble qu’un système d’évaluation doive rendre compte de deux aspects :

# Une évaluation descriptive, fournit des indices pratiques sur des aspects objectifs et quantifiables communs à la catégorie d’objet que l’on soumet à l’exercice. Il va s’agir d’évaluer la proportion du hasard par rapport à celle de la stratégie, d’éprouver une mécanique ludique, sa logique, sa fluidité, son réalisme, d’envisager la qualité du matériel et le plaisir de sa manipulation, de considérer la clarté de la rédaction des règles et d’augurer de leur compréhension pour une bonne mise en jeu. Ces points doivent donner une idée du type de jeu traité, de son degré de difficulté, de son « efficacité ludique », permettant au lecteur de cerner le jeu en question et de le comparer aux jeux qu’il connaît.

# Une évaluation subjective : c’est le contraire ! Ici les critères sont individuels, personnels, voire intimes. Il s’agit du plaisir que l’on a pris à jouer, en toute subjectivité. Cette évaluation ne s’argumente pas ou peu et ne correspond à rien de commun. Il s’agit de rendre compte d’un instantané, d’un morceau de vie séparé, isolé dans l’espace et dans le temps, au regard de ce que l’on est à cet instant, ce que l’on y fait, et ce que cela nous évoque.

De ces deux aspects et selon le rédacteur, l’un est la modération de l’autre. Mais ce sont bien les deux assemblés qui feront le corps de la critique, et donneront au lecteur l’envie de s’y intéresser ou de passer son chemin. Sachant que du propos développé, le lecteur composera ses propres critères, et construira sa propre évaluation en fonction d’éléments maîtrisés de lui seul : réception de la critique telle qu’elle est formulée, connaissance des goûts et avis antérieurs du rédacteur (crédibilité), disposition d’esprit à cet instant ou état de son compte en banque… ou tout autre critère dont l’existence indéniable nous échappe totalement.

Donc un exercice difficile (mais ça je l’ai déjà dit), qui devient impossible aux ambitieux qui laissent entendre un haut niveau référentiel et technique, une sorte de « scientifisme ». Car entendons-nous bien : cette démarche est absurde. Elle n’est qu’à catégoriser les gens et les choses, faire des ensembles et y coller des étiquettes. Mais surtout, cette démarche tend à installer une « critique de la critique », et à nous faire croire que dans cette histoire, certains ont tort et d’autres ont raison. Ce qui est le symbole même du désarroi ludique, du leurre, du déplaisir et de l’ostentation.

Il est donc important de garder à la critique le sens prédominant qui est le sien : c’est mon avis à l’instant où je le formule, il est sincère et construit avec ce que je suis aujourd’hui. Il peut changer, et nous aussi.
D’ailleurs, t’aurais pas un peu pris ?  
i_bug_fck
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